500 ans d’amitiés franco-suisses: de Marignan à Matignon

    
La célèbre bataille de Marignan (13 et 14 septembre 1515) ayant stoppé net les Suisses dans leur élan conquérant, François Ier, roi de France, signe à Fribourg le 29 novembre 1516 un traité de «paix perpétuelle» avec les XIII cantons confédérés et leurs alliés (l’abbé et la ville de Saint-Gall, les III Ligues grisonnes, le Valais et la ville de Mulhouse). Les privilèges réels, spécifiques au commerce, apparaissent sous une formulation précise dans ce texte fondamental et fera durablement de la Suisse la nation la plus favorisée et la mieux protégée d’Europe. Accompagnée de généreuses pensions ponctionnées sur le Trésor royal –- histoire de garantir l’indissolubilité de ce lien – l’Alliance perpétuelle de 1521, qui en est l’émanation, restera jusqu’au dernier renouvellement de 1803 le pilier de la diplomatie helvétique et un important facteur de stabilité de la politique intérieure suisse. Etant la moins dangereuse des voisines pour cet Etat-tampon au cœur de l’Europe, la France avait globalement la faveur des Confédérés – au demeurant profondément divisés – qui se méfiaient de leurs cousins germains. Dès lors, un subtil système militaro-commercial se met en place qui connaît son apogée durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. La neutralisation de l’espace naturel entre Rhin et Rhône, Alpes et Jura, assurait à la France la sécurité sur une frontière particulièrement exposée et vulnérable de Bâle à Genève. Ce qui a fait dire à Voltaire: «Ô Monts helvétiens! Vous êtes les remparts des beaux lieux qu’arrose la Seine». L’alliance des Confédérés avec la France fut la plus importante, la plus longue et la plus riche en bénéfices mutuels que les Suisses entretinrent jusqu’à l’avènement de l’Etat fédéral, issu de la guerre du Sonderbund de 1847. La Paix perpétuelle mérite bien son nom puisqu’elle n’a jamais été formellement dénoncée, ce qui est un cas rarissime dans l’histoire de l’humanité.

 

Suisse et France aujourd’hui

Le rappel des liens qui ont durablement uni la Suisse à la France illustre le fait incontournable que la Suisse ne peut raisonnablement subsister sans relations étroites avec ses grands voisins et qu’il est illusoire de vouloir en faire une île perdue au milieu de l’Europe. La relation France/Suisse fonctionne parfois sur le mode: «Je t’aime, moi non plus», se nourrissant de clichés et d’incompréhensions mutuelles. Nous avons été souvent si proches, jusqu’à nous sentir d’une même famille avec les anicroches inhérentes à une telle proximité. Voilà qui est curieux, voilà qui nous interpelle, voilà qui prouve des rapports franco-suisses de nature complexe voire insolite. Les Suisses de France forment avec leurs 200 000 expatriés la première communauté helvétique à l’étranger et les Français de Suisse sont si nombreux qu’ils fournissent à eux seuls un des 11 députés des Français de l’étranger. Manuel Valls, l’ancien locataire de Matignon ne trouve-t-il pas ses origines maternelles du côté de Lugano? Cette présence réciproque, de grandeur comparable et d’une haute valeur ajoutée, témoigne de la très longue et exceptionnelle coexistence pacifique, fructueuse et amicale qui lie les deux pays depuis la Paix perpétuelle de 1516. L’influence des Suisses en France est proportionnelle au poids qu’eut ce pays dans le processus de réalisation de la Confédération elle-même, tant sur les plans politique qu’économique et financier. Sous-évaluées et sous-estimées, l’ampleur de ces relations d’une richesse pourtant inouïe ouvre d’étonnantes perspectives que l’exposition du 500e illustre de manière féconde.

La proximité est telle entre les deux pays voisins depuis la Paix perpétuelle de 1516, dite Paix de Fribourg, que des échanges permanents ont généré une forme de chassé-croisé à nul autre pareil, d’une constance et d’une intensité inégalées. A tel point que certains événements fondateurs pour l’un et l’autre pays sont liés à leurs relations communes et qu’il est souvent difficile de déterminer la part française ou helvétique de tel ou tel personnage emblématique. Certains vont même jusqu’à passer indistinctement pour Français ou Suisse, selon l’endroit où l’on se trouve.

 

   

Mercredi 30 août 2017 à 19h30

 

Alain-Jacques Tornare-Czouz, historien des relations franco-suisses; chargé de cours émérite à l'Université de Fribourg

 

Entrée libre - collecte

 

Dans le cadre du cycle de conférences CH-Europe : histoire d'une relation

    

Organisation :

Commune de Tramelan

Société jurassienne d'émulation

CIP

 


 

 

 

 

 

 

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